Le rêve d’un Noël parfait

3Avec la fin d’année, nous vivons l’éternel retour d’une fête dont les racines plongent dans la nuit des temps. Au temps des romains, les Saturnales marquaient la période précédant le solstice d’hiver. On reporte que ces Saturnales étaient accompagnées de grandes réjouissances populaires. Il semblerait que les premiers chrétiens aient choisi le 25 décembre pour commémorer la naissance de Jésus parce que c’était la seule journée où il n’y avait pas de fête romaine au programme.
Peu importe d’ailleurs le nom qu’on lui donne et la tradition religieuse ou païenne qui se trouve célébrée, cette fête autour du solstice d’hiver va nous permettre un regard sur une division profonde des humains que bien souvent la plus grandiose des fêtes ne saurait combler. La question métaphysique qui se pose à chaque solstice d’hiver s’exprime en ces termes très simples : « Est-ce que le soleil va revenir ? » Cette question si essentielle mais inconsciente s’exprime alors que foisonnent les marchés de Noël avec toutes leurs kitscheries, les biscuits de Noël aux épices des trois mages et les romances de Noël made in New York.
Sur un plan purement rationnel, nous savons aujourd’hui que la Terre ne peut pas simplement s’arrêter de tourner autour du soleil puisque ce mouvement relève de la mécanique céleste exprimée par des lois de la physique des solides. Par contre, les angoisses qui peuvent exister par rapport à la continuité de ce mouvement, échappent à toute maîtrise par la raison. Nos ancêtres ont ainsi cherché à traverser cette période difficile de l’année en s’aidant de considérations communautaires et religieuses, cherchant à convaincre le soleil, moyennant d’importants rituels, de reprendre son cycle une fois de plus. On comprendra ainsi que l’évocation de la (re)naissance du Christ à un moment crucial de l’année est destinée à réconforter nos angoisses face à la pérennité de ce monde.
Vu sous un autre angle, je me suis demandé si le fonctionnement archétypal propre à nos lignées familiales pouvait participer à définir nos attitudes en fin d’année. Partant de cette réflexion, je me suis amusé à éditer une sorte de petit catalogue non exhaustif d’attitudes archétypales extrêmes. Peut être que vous vous y retrouverez un tout petit peu et que cela vous permettra de vous pacifier avec votre excès ou manque de « Noëlphyllie ».

  • Seul l’effort commun de tous les membres de la famille permettra au soleil de revenir. De ce fait, il est indispensable de faire semblant de s’aimer et de former une famille unie autour d’un symbole réunificateur, et si ce symbole n’est pas chrétien, il pourrait être culinaire sous la forme d’une dinde, un jambon à l’os et de quelques bouteilles d’un grand cru. A l’opposé de cet excès, on trouvera le désir d’une vraie harmonie familiale, d’un vrai amour l’un pour l’autre avec l’idée de devoir se sacrifier pour cet idéal, car le soleil ne reviendra que par notre amour.
  • Tout effort est vain : Durant cette période, les membres de cette famille s’isoleront chacun à sa manière, et si l’on se retrouve, ce sera après les fêtes. A son opposé, on trouvera l’optimiste qui cherchera à réunir la famille malgré tout.
  • Noël et son cousin le nouvel an ne constituent que le prétexte rêvé pour relancer la clientèle et lui faire croire qu’on pense à elle de manière si altruiste. De toute façon le soleil reviendra et tant qu’à faire, il faut savoir en profiter pour faire fructifier son business. A l’opposé, j’envoie une longue lettre manuscrite à tous mes amis pour leur résumer ma vie héroïque de l’année presque révolue.
  • Devant la menace d’engloutissement par une éternelle nuit noire, il n’y a que la pléthore de lumière qui peut sauver le monde. Qu’elle scintille, nous éblouisse, nous agace ou nous émerveille, cette lumière n’a qu’un seul but : sauver le monde. Et il s’agit d’en mettre partout, dans la maison, sur le sapin, tout autour de la maison, sur tous les arbres. Son opposé se laisse engloutir par la déprime, la bouteille ou les deux à la fois.
  • Devant l’angoisse de la lumière qui viendrait à manquer, je me barre dans les îles ou change carrément d’hémisphère. Noël est insupportable ! A son opposé, réussir la fête de Noël se présente comme la seule alternative à l’insupportable. Ce fonctionnement archétypal met l’être sous une pression existentielle énorme. L’insoutenable menace d’une fête de Noël ratée se décline ainsi de mille manières dans toutes les romances de Noël, juste avant le miracle de l’Amour destiné à propulser la Terre vers une révolution additionnelle autour de son Soleil.

Si vous connaissez encore d’autres fonctionnements archétypaux face à la menace d’un Soleil qui ne reviendrait plus, je serai très heureux de le connaître. Je vous invite également à partager ce blog et vous souhaite un lumineux moi de décembre.

Et la morale de cette histoire ? Nous ne pourrons jamais débarrasser l’humanité de ses peurs archaïques. A la diminution de la lumière correspondra une remontée de lumière, et de ce fait, chacun de nous peut instaurer une confiance en l’Univers où la période de fin d’année fera déjà écho à un renouveau à portée de main, l’après-noël.