Sortir de la zone d’inconfort

Il y a quelques jours que je blaguais avec une amie sur cette fameuse injonction qui nous invite à sortir de notre zone de confort. Pour moi, les véritables zones de confort se trouvent majoritairement dans le hall d’entrée d’un hôtel de luxe. Arrangés autour d’une table basse impeccablement lustrée, un ou deux fauteuils en cuir vont accueillir nos fesses, s’y enfonçant si profondément qu’il est vraiment difficile d’en resurgir.
Pris au piège dans le confort, ça nous arrive, mais j’ai l’impression que ce qui nous arrive bien plus souvent encore, c’est de nous trouver happé dans l’inconfort. Piège mutant, qui cache bien son jeu, il prend des allures variables et se présente comme une addiction, un job insatisfaisant, des relations toxiques ou une situation de couple infernale. Et quand le piège de l’inconfort se resserre, il risque carrément de choisir le masque de la maladie. Cette constatation nous amène forcément vers une autre question : Combien faut-il d’inconfort pour faire bouger quelqu’un ? Faut-il se trouver en état d’épuisement, en burn-out, au bord de la folie ou à l’agonie pour changer quelque chose à une situation d’inconfort ?
Lorsque j’observe « les gens » autour de moi, je me demande souvent ce qui les empêche de sortir de leur zone d’inconfort, de changer leur mode de vie, leurs priorités, de diminuer leur dose quotidienne de télé, de café ou de fumée. Si c’était si facile de changer, tout le monde ferait passer la liste des bonnes résolutions au tiroir des affaires classées. Je crois détenir une idée du pourquoi. Nous avons une fâcheuse tendance à créer une image de nous-mêmes qui est statique et parfois tout aussi immuable et légendaire que la Ford Mustang ou le Pastis Ricard. Surtout ne changez rien ! Ce que nous connaissons et répétons a l’infini nourrit nos routines selon l’adage: ça fonctionne pas très bien, mais ça fonctionne quand même. Les routines sont nos rituels rassurants, ils sont les piliers auxquels nous nous cramponnons dans un monde que nous croyons instable. Mais est-ce que stable veut dire statique ?
J’ai toujours été fasciné par le vélo, et encore plus par le monocycle qui invite l’acrobate à une danse permanente pour se maintenir en équilibre. Une petite méditation sur la bicyclette nous apprend que la vie, c’est le mouvement. Même pour tenir debout, notre corps effectue des micromouvements. Tenir sur un pied, c’est presque facile quand nous le pratiquons tout en bougeant tout le corps. Pour tout artiste et danseur, l’équilibre ou la stabilité n’est pas un état statique mais plutôt un alignement sur un axe dont il s’éloigne éloigne et s’approche continuellement.
Nous commençons à comprendre que nos difficultés à sortir de nos zones d’inconfort pourraient trouver leur source dans une mécompréhension métaphysique de l’Univers. En réalité, il est parfaitement stable, mais absolument pas statique. Dans cette croyance-là, vivre dans cet Univers stable revient à être continuellement en équilibre autour de son axe. Dans une croyance contraire, l’Univers est instable et demande donc de notre part un grand effort pour qu’à notre échelle, il se présente dans sa stabilité. De ce fait, et toujours dans cette croyance opposée, les zones d’inconfort, absolument statiques de nature, comblent naturellement une partie du désir de stabilité.
Ayant compris que derrière la difficulté de sortir de son inconfort se cache le besoin métaphysique de stabilité, nous allons cesser de nous faire violence par des régimes draconiens, des privations et je ne sais quels autres rituels pour chercher à briser les chaînes qui nous lient à nos routines. Ça pourrait être beaucoup plus simple, il suffit de chercher à changer sa vision de l’Univers.